bel ami

un RM 1050 assez gai, quelque part sur l’eau

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    Le matin : un grain passe, violent, la pluie tombe dru, le ciel est noir.

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    Ste Anne - Grain

    Puis le grain passe, et le soleil étant dans le dos, apparaît l’arc en ciel.

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    Ste Anne - L’arc en ciel

    La journée passe, les pêcheurs à la ligne se mettent en place.

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    Ste Anne - pêcheur

    Mais déjà le soleil se couche, il va falloir rentrer sur le bateau

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    Ste Anne - Coucher de soleil

    La nuit tombe. Demain sera un autre jour.

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    Ste Anne - Coucher de soleil

    Après autant d’activité, il est temps d’aller se coucher. Lever 6h30 demain matin, avec le soleil.

    Ne m’en veuillez pas de mon silence … 

    Le mouillage de Sainte Anne est décidemment agréable, idéal pour prendre un rythme très antillais : on fait les choses en son temps :-) Et ce n’est pas encore le temps d’écrire, la preuve en étant mon incapacité à pondre un texte un tant soit peu réfléchi.

    Pas d’inspiration non plus pour les photos, Ste Anne est une ville agréable, mais qui me donne peu d’envies.

    Alors, en guise de lot de consolation, je vous l’avais promis :

    Le pain made in bel ami, fait pendant la traversée :

    Done !

    lundi 30 janvier 2012 dans Le voyage : les Antilles

    Voilà. Pas de reprise de journal de bord pour les quelques derniers jours, ça serait trop long.
    Trop long de raconter le stress induit par une météo assez imprécise (Pas de la faute de Tao qui, décidément gentiment, m’appelait tous les jours pour prendre ma position ; mais celle que leur donnait MaxSea, qui n’a jamais correspondu aux conditions rencontrées), les trois dernières journées à courrir après le moindre mille, à hisser la grand voile dès le jour levé, sans attendre la fin des grains, guetter la moindre survente, le doigt sur l’écoute, près à tout lâcher ; les embardées mal contrôlées par le pilote dans cette mer formée, croisée, pyramidale.
    Trop long de raconter l’évolution heure par heure de l’ETA [1] donnée par le GPS, qui évoluait avec chaque évolution du vent : dix degrés vers l’est, une heure de perdue ; dix degrés vers le nord, une heure de gagné !

    Non, il faudrait que je tire un bilan, forcément, c’est bien ça qu’on fait habituellement, non ?

    Un bilan perso ? Facile.
    Avec ce bateau, ces conditions (2/3 de la traversée à moins de 15 noeuds), c’était tout confort. Le bateau roulait somme toutes assez peu, le pilote faisait très bien son travail, j’ai pu faire des nuits (presques) complètes.
    Et le temps est passé très vite, du moins jusqu’à ce que l’arrivée se précise, et que le décompte des dernières dizaines de milles vienne perturber le rythme qui s’était naturellement mis en place. La mer est belle, vivante, on ne s’y ennuie jamais.
    Je n’ai pas l’impression de l’épreuve du siècle ; j’ai bien conscience que si, pour moi, il s’agit d’une épopée passablement banale à force de côtoyer des personnes qui ont toutes le même projet, j’ai malgré tout réalisé quelque chose de peu banal. J’en suis content et, oui, quelques peu fier.

    Un bilan pour le bateau ? Là c’est plus compliqué.
    Autant j’ai peu à dire sur le bateau en tant que tel, le RM 1050 est vraiment un bateau de voyage idéal, solide, sécurisant, fiable.
    Mais en même temps, je ne pourrais faire l’impasse sur le bilan du processus d’achat, et donc de la relation qui s’est mise en place avec le concessionnaire RM du Crouesty, et le bilan de ses prestations dont l’impact se fait encore sentir aujourd’hui. Et là il y a beaucoup à dire, le bilan est très largement, pour ne pas dire totalement négatif de mon côté.
    J’y reviendrai bien sûr, ne serait-ce que parce que mon expérience pourrait certainement servir à d’autres.

    Mais pour l’instant, et depuis une semaine, je profite du mouillage de Ste Anne, sans autre projet que profiter de la journée qui se lève.

    Et c’est déjà bien suffisant !

    Notes

    [1] Estimated Time of Arrival // Heure Estimée d’Arrivée

    Il était là depuis la veille après midi, je l’avais vu sur mon AIS : un voilier de 213" (environ 60m) qui se trainait (lamentablement) à 5 ou 6 nœuds pendant que j’enfilais les surfs à 9. Il était loin de moi, plus de 30 milles, je ne m’en suis pas inquiété quand la nuit est tombée.

    Sous génois seul, bel ami a tracé son petit bonhomme de chemin et le petit matin s’est levé sous un ciel plombé, gris sur bâbord, tribord, poupe et proue. A voir les traces d’un gris foncé qui partaient de certains nuages vers la mer, il pleuvait un peu partout. J’étais entouré de grains.

    Juste derrière moi, quelques milles à peine, j’aperçois enfin (encore !) mon voilier de 60 mètres ; c’est un trois mats, à voiles carrées, avec une superstructure, à l’arrière, assez imposante. Il me donne à penser qu’il est du XIXe.

    Avec le vent qui se lève sous les grains, et qu’il touche avant moi, le voilà qui avance bien, d’une régularité de métronome d’après l’AIS, à 7 nœuds. bel ami hésite, selon les rafales et les vagues, entre 6.5 et 8, il faut donc pas loin de trois heures pour me faire dépasser.

    Vaisseau rattrapé, je sais que j’ai la liberté de mes manœuvres, mais vaisseau léger et manœuvrable, je me sens obligé de les coordonner avec la grosse barque derrière moi. Je sors mon plus bel anglais, le micro de la VHF (la radio), et c’est parti.

    Je vous passe la conversation (en anglais bien sûr), qui n’avait pour seul but de vérifier, le Tenacious tenant apparemment à me doubler par l’arrière, que je pouvais abattre d’une quinzaine de degré pour éviter la trajectoire d’un gros grain, lui rendant par la même la tâche plus compliquée.

    Obligeant, le capitaine (?) m’a laissé faire à ma guise, et j’ai fini par être dépassé quelques dizaines de minutes plus tard.

    Las, toujours dans les grains, devant derrière et sur les côtés, bel ami se révèle plus prompt à saluer les sautes de vent que la lourde barcasse. De rattrapé je me fais bientôt rattrapant, alors que les deux voiliers, l’un près de sept fois plus long que l’autre, ont pratiquement le même cap, et la même vitesse.

    On va la faire brève, hein ? Disons que ça a duré pas mal de temps, toute la journée, ce petit jeu du chat et de la souris, moi tirant des bords assez larges, à la fois pour me freiner en vitesse relative, et pour m’écarter de lui ; lui traçant sa route imperturbablement, avec seules quelques modifications du cap en fonction des fréquents changements de direction du vent. Au moment de me préparer pour la nuit, il n’était encore qu’à deux milles devant moi, mais je savais que je ne le reverrais pas, sous-toilé comme j’étais pour la nuit.

    Bref, une journée compliquée avec un voilier qui m’a empêché d’aller comme je voulais ; grise et pluvieuse, avec peut être une dizaine de grains qu’il fallait esquiver à chaque fois, autant que possible ; la fatigue qui commence à se faire sentir (je n’ai dormi que 4h la nuit dernière, et ma journée aura duré plus de 20h) ; une belle et vraie journée de merde.

    Seul vrai rayon de soleil, il est apparu vers 22h, quand face à une n-ième saute de vent (s’établissant cette fois presque nord), j’ai rappelé le Tenacious pour lui demander la météo ; et que de sa voix toujours aussi charmante (un hollandais, je dirais), le capitaine a commencé par vérifier les prévisions qu’il utilisait, puis, de son propre chef, m’a fait patienter cinq minutes pour pouvoir me donner les prévisions les plus à jour. 

    Merci Cap’tain !

    Comme la suite de ce billet le montrera, c’est avec quelques jours de retard que vous lirez ce journal de bord.

    Journée banalement ordinaire. Elle commence vers 6h du matin, Stoyan m’ayant fait, par mail, un petit topo sur les grains, et expliqué qu’ils étaient surtout présents en fin de nuit. Réveil donc avant l’aurore, et bien évidemment rien ne se passe : le ciel est presque entièrement dégagé, aucune masse nuageuse menaçante ne se profile à l’horizon. Tant pis. Ou plutôt, bien évidemment, tant mieux ! 

    Le vent se décide enfin ! pour la première fois depuis le départ, à s’installer de manière durable, visiblement, au nord-est : je peux enfin quitter le vent arrière, et hisser la grand voile pour un loooong bord de portant de plus de 10 heures d’affilée. Les pointes (hors surfs) à 8 nœuds s’enchaînent, des sensations que j’avais l’impression d’avoir perdu depuis longtemps !

    Midi GMT, le petit point quotidien avec les copains, Tao et Penn Gwen (ils vont bien, mais vous le savez déjà à cette heure-ci !), suivi en milieu d’après midi d’un petit échange de textos, et je reçois un sms de la société Iridium m’annonçant, sans autre forme de procès, que mon compte était déchargé, et donc suspendu. Aucune possibilité d’envoyer des mails ou d’en recevoir (vous vous rappelez internet avant l’adsl, avec les modems sur la ligne téléphonique ? Eh ben c’est pareil, sauf que ça n’a pas évolué depuis 20 ans !), ni même d’envoyer la position du jour, et la météo à Penn Gwen. Dans le doute j’essaye une dernière fois, et préviens Tao de la mésaventure : ouf ça passe. 

    Ça m’énerve ! Moi qui croyais bêtement être prévenu, comme les opérateurs gsm peuvent le faire ; moi qui croyait bêtement aussi qu’il était possible de renouveler son forfait en appelant le service client ; non, il faut passer par internet. Il faut quand même en avoir rien à faire de ses clients, ne pas se préoccuper de leurs besoins, pour imaginer que quelqu’un qui a un téléphone satellite à en même temps un accès haut débit à internet ! À l’heure de skype ou des forfaits illimités, aurais je vraiment besoin d’un iridium si j’avais une bonne connexion internet sous la main ?

    Une telle absence de service peut encore passer, si la teçhnique et les prix sont irréprochables. 

    Las, parlons des prix : le téléphone est vendu nu pour 1400€ environ ; la minute de communication est, au plus bas de toutes les situations, à 1€ ; et la seule chose pour laquelle on ne paye pas, c’est pour recevoir des sms !
    Quant à la technique, il vaut mieux l’oublier : l’ergonomie du téléphone est d’un autre âge, pire que mon premier Nokia en 1996, et le système buggue régulièrement, soit par des plantages complets, soit alors, par exemple, par l’impossibilité de saisir les 2/3 des symboles proposés ( :, ;,’,", etc), en frappant un texte. Le téléphone ne peut contenir qu’une dizaine de sms, après quoi il n’est plus possible d’en recevoir. Quant à -enfin- la couverture satellite, censée être optimale et permanente, elle n’est de fait opérationnelle, en tout cas sur l’Atlantique, que les 3/4 du temps, les satellites étant trop bas sur l’horizon le reste du temps pour que le signal soit exploitable.

    Non seulement les téléphones satellites iridium sont techniquement de la merde, mais en plus le service est à chier !! Vivement que la concurrence (inmarsat essentiellement) s’installe durablement, que ça fasse -beaucoup- bouger les choses !

    Breeeef …

    Il ne reste plus qu’un peu plus de 600 milles à courrir, en toute logique je devrais arriver lundi, dans six jours donc.

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