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La peau du …

mardi 6 septembre 2011

Voila, je peux souffler. Je suis parti il y a trois heures de Povoa, une
bonne demi heure de retard sur mon horaire … mais je l’avais prévu :)

Ces trois dernières heures ont été comme prévues : chiantes ! Pas de
vent, à peine six noeuds dans les fesses, qui même avec l’aide du moteur
n’empêche pas la voile de claquer une vague sur deux. Et les casiers.
Ces putains de casiers. Posés n’importe où, dans un ordre anarchique,
certains face à la houle, d’autres parallèles à la côte, d’autres encore
on ne peut pas savoir, tellement leur concentration est parfois forte,
et les fanions inexistants, rendant impossibles de les relier par paire.
Trois heures à faire des zigzag, supputer sur le filin invisible qui
relie une deuxième bouée. Chiantissime.

La sortie du port s’est faite au moment où s’allumait la bouée de brume,
pas une corne de brume comme on peut connaître en France, une lancinante
sirène d’alerte sans fin ; alors que le ciel était bleu pourtant. Et
puis, quelques milles au large, je l’ai vue, descendant du nord, au raz
de la mer. Les immeubles de Povoa apparaissent juste au dessus, devant
les montagnes qui viennent de l’Espagne, et derrière encore, le soleil
levant. C’est magique. Les départs sont peut être chiants, mais ce
qu’ils sont beaux !

Quelques milles plus loin, c’est le grand port industriel de Porto,
Leixoes, pris dans la brume aussi. Ce ne sont pas les immeubles qui se
dégagent, mais le haut de cinq ou six cheminées d’usines de raffinement.
Moins beau, tout aussi magique, une impression un peu glauque qui en
ressort.

Mon appareil photo, qui a -provisoirement j’espère- rendu l’âme me
manque, impossible de saisir ça au zoom, essayer de vous le faire partager.

Et puis en atteignant la ligne des 50m de fonds, progressivement ils se
sont effacés. Pas d’un coup non, juste la concentration qui était moins
forte. De moins en moins. Et en même temps, le vent s’est levé, a passé
la barre des dix nœuds. Grand largue, mer (un peu croisée) trois quart
arrière, bel ami dégourdit ses voiles, un petit 5 nœuds établi.

Une heure plus tard, même allure, les casiers deviennent exception, une
ligne de temps en temps. Je suis de toute façon moins stressé, étant à
la voile, le risque d’avoir un cordage sur l’hélice est mince. Le vent a
forcit, 14/16 nœuds, 18/20 en rafale, je file à 7 nœuds … inhabituel
pour moi. Parfois le pilote a un peu de mal avec cette mer qui prend à
la fois de côté et par derrière, mais j’ai déployé toute ma force de
production électrique : panneau solaire, éolienne, hydrogénérateur … je
compense largement ma consommation, j’en profite pour mettre le pilote
sur un réglage plus fin.

Midi. Le vent est monté d’un cran, un bon force 5, facilement 50% de
plus de ce qui était prévu. J’ai mis une demi heure à prendre un ris
dans la grand-voile (mais celui-là, j’en suis content, il est “propre”)
et à tangonner le génois, et le régler. Le vent est établi à 18 nœuds,
je fais entre 7.2 et 7.5, voire 8.5 dans les surfs. Je suis un peu
tendu, même si le pilote, réglé presque à son max, me bluffe par sa
manière de barrer, la mer déstabilise régulièrement le bateau. Je suis
aux aguets, je n’ai jamais aimé cette allure de vent arrière, et le vent
devrait encore forcir (ou alors, il a nettement pris de l’avance !). 14h
à faire sous cette allure, la nuit sera longue.

J’ai passé l’après midi, dans le cockpit, ayant sous toilé bel ami,
qui garde cela dit une belle allonge, entre 6,5 et 7,5. Plus
manœuvrable, il est plus confortable. Et moi tranquillisé. Je contemple.
La mer. La crête des vagues, qui se dessine. Les oiseaux, que je
regrette de ne pas connaître plus, qui suivent la courbe de la houle,
disparaissant de longues minutes pour ressortir quelques centaines de
mètres plus loin, sans avoir battu des ailes. Le couple de dauphins,
venu saluer mon étrave, un big costaud et un autre bien plus fluet en
comparaison. Mâle et femelle ?

Pas un bateau à l’horizon, le rail est là sur tribord pourtant, mais à
plus de 5 milles. Pas de casier non plus. Les côtes, elles aussi ont
disparu. Il n’y a rien que la mer, bel ami et moi. C’est beau, je ne
m’en lasse pas.

Le soleil s’étire sur l’horizon, toujours aussi chaud, j’en profite, la
nuit sera fraiche et humide. Le vent s’est assoupi quelques heures, une
petite sieste sans doute. Les gribs (fichier météo de prévision des
vents) annoncent un renforcement dans la nuit, que quelques éternuements
d’Eole à plus de 22 nœuds laissent envisager. Il est temps de réduire
encore un peu, je roule le génois et sors la trinquette. Je suis paré
pour la nuit.

A ce rythme là, non seulement j’arriverai mercredi bien avant la nuit,
mais je devrais pouvoir me payer le luxe de rejoindre Oeras, marina de
l’entrée du Tage, bien moins chère que la bourgeoise Cascais.
Mais je ne vendrai pas la peau de … de quoi au juste, en mer ? Le
requin ? La baleine ? Le morse ?

Vos commentaires

  • Le 8 septembre 2011 à 19:15, par Xavier En réponse à : La peau du …

    Elle donne bien envie ta petite escapade.
    Bon vent et prends soin de toi.
    Laure et Xavier

  • Le 12 septembre 2011 à 23:35, par Denis En réponse à : La peau du …

    la peau du phoque ? :=)

  • Le 20 septembre 2011 à 11:33, par henri En réponse à : La peau du …

    Sans doute ;-)