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c’est le service public qu’on assassine

vendredi 13 janvier 2012

Mais cela ne surprendra pas certains d’entre-vous, n’est-ce pas ? Reprenons …

Nouzôtes les marins, plaisanciers ou professionnels, nous avons besoin de vérifier régulièrement (quotidiennement, disons) la météo : force et direction du vent, hauteur des vagues, etc …

Pour cela, nous avons à notre dispositions deux outils, que nous utilisons parallèlement :

- des fichiers de prédictions représentants, sur une carte, comme des flèches. Ces flèches indiquent non seulement la force, mais la direction du vent.

Ces fichiers sont produits par des ordinateurs qui, nourris des constatations locales un peu partout dans le monde, alimentent le bouzin qui établit des prédictions selon un modèle mathématique (en fait, il y en a deux, mais passons). On appelle ces fichiers “gribs”, et ils nous permettent de savoir, en un temps et un endroit précisemment donné, les conditions rencontrées, à un delta d’incertitude (parfois conséquent) près.

un bon exemple peut être vu sur le site passageweather qui vous donnera, si vous cliquez dans le menu latéral sur “ARC”, les prévisions de vent pour les jours à venir pour la traversée de l’atlantique.

- deuxième outils, ce sont les prévisions réalisées par des météorologues, sur la base de ces constations et de ces prédictions. Ils analysent tout ça, et fort de leur connaissance, et leur expérience, affinent les schémas en ajoutant parfois des commentaires complémentaires : “rares averses”, “grains orageux” etc …

Les marins français, il y a peu de temps encore, pouvaient bénéficier de l’expertise – excellente – de MeteoFrance, tant pour les fichiers gribs que les prévisions marines ; pour les régions côtières comme pour le grand large, et spécialement la traversée de l’atlantique (les français représente une très large partie du contingent de voilier traversant chaque année).

Las, il y a plusieurs mois, MeteoFrance, dans la logique commerciale des services publics qui prévaut au sommet de l’Etat, a rendu payant la diffusion des “fichiers gribs”, qui ne peuvent plus être obtenus que via l’utilisation d’un logiciel spécifique, sur abonnement.

Début janvier, c’est la diffusion du bulletin maritime, sur les ondes de Radio France Internationale, qui disparaissait. Or RFI est diffusé non seulement en FM, mais également en grandes ondes, et donc captables, avec un petit poste de radio adéquat, à peu près partout dans le monde.

Le bulletin diffusé par RFI était préparé par Météo France, qui le diffusait également sur le web [1].

Avec la démocratisation du téléphone satellite, tant pour des raisons de sécurité que de confort, bon nombre de marins n’écoutaient plus RFI pour prendre la météo, mais au contraire récupéraient les prévisions qui elles, existaient toujours.

Or, ce matin, recevant les prévisions du jour, l’en tête du message disait ceci :

AVERTISSEMENT : CE BULLETIN MARINE NE SERA PLUS PRODUIT PAR
METEO-FRANCE A COMPTER DU 1er FEVRIER 2012.

Et MeteoFrance de nous renvoyer sur des bulletins existants, produits par elle pour les régions côtières, et par les américains (la NOAA) pour le reste.

Pourquoi les américains ?

Parce que selon le principe (constitutionnel si je ne me trompe) selon lequel on ne peut faire payer un service s’il a déjà été payé par l’impôt, tant les fichiers “gribs” que les prévisions effectuées par les météorologues américains sont non seulement gratuits, mais diffusés à une large échelle, et récupérables via de nombreux outils : radio, navtex, web, email, …

C’est tout le paradoxe d’un Etat qui dit vouloir redonner sa place à la France, mais qui assassine un service performant en langue française, et laisse ses citoyens s’adresser à des services étrangers, en langue étrangère, pour une économie de trois franc six sous.

Voilà, en silence, un service public performant, de qualité reconnue internationalement, financé par l’impôt, s’éteindra définitivement le 2 février prochain.

Après la diffusion par France Inter, puis la diffusion par RFI, la diffusion par internet des prévisions MeteoFrance pour la traversée de l’Atlantique seront elles-aussi supprimées. Les Français n’auront plus qu’à se tourner vers les américains, pour un service en langue étrangère.
Dans l’indifférence générale.

Vive la France.


Notes

[1la zone qui me concerne est "alizés ouest", pour l’instant

Vos commentaires

  • Le 14 janvier 2012 à 15:38, par Rouquette En réponse à : c’est le service public qu’on assassine

    Ben voui. Indignons nous qu’il dit... Sans compter que j’adorais entendre la météo marine sur France Inter. J’y pinais que dalle mais c’était tellement poétique ! Je suis au désespoir cela dit : vu mes connaissances abyssales en anglais, je n’en saisirais plus jamais ni la poésie ni l’utilité pour naviguer... hélas ! Good winds !!!

  • Le 15 janvier 2012 à 16:39, par Majuboul En réponse à : c’est le service public qu’on assassine

    Félicitations ! Et... çà te fait une belle jambe, captain Henri...
    Tu as récupéré tes 12 points de permis ! Maintenant, Bel-Ami est vraiment en sécurité avec toi !

  • Le 1er février 2012 à 10:34, par amarad En réponse à : c’est le service public qu’on assassine

    Bonjour,
    j’ai le plaisir de vous informer que vous pouvez trouver toutes les informations
    de météo marine sur le site internet
    http://olivier.marsan.free.fr/RMAR/WEATHER/index.html
    valable pour le monde entier haute mer.
    sincéres salutations
    www.amarad.org