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Quelques moments forts et autres points marquants pendant 3 semaines de navigation au Cap Vert

mercredi 4 janvier 2012

Par Eric, skipper-équipier émérite, patient et pédagogue


Douillettement installé chez moi à l’abri du mauvais temps (100kn/h prévus en Manche…), je reviens enfin sur les 3 semaines passées en décembre sur « bel ami », en essayant de ne pas trop répéter ce qu’Henri a pu écrire depuis mon arrivée.

Fogo, une île-volcan à l’écart de la route de la plupart des navigateurs qui, faute de temps ou d’audace, se contentent des îles du Nord

  • Chã da caldeira (l’ancien cratère) d’abord, déjà visitée à deux reprises, à chaque fois le débouché à l’entrée de la caldeira coupe le souffle, le cône noir sombre dépassant de 1000 mètres le vieux cratère, entamé par les bouches et petits cônes de l’éruption de 1995, la coulée de lave datant de la même année saignée par la route pavée reconstruite après coup, les couleurs passant par toutes les nuances du jaune au noir en passant par le brique, le pourpre, l’orange …
  • C’est ensuite l’arrivée sur les villages de Portela et Bangaeira, 700 habitants, les vignes, plantes, légumes et arbres variés apparaissant comme des taches vert tendre sur le sol en pouzzolane gris foncé.
  • Patrick, un Français installé depuis au moins 20 ans au Cap Vert et qui a construit lui-même il y a 10 ans une superbe pousada en pierre volcanique, avec uniquement du matériau local, une architecture magnifique infiniment plus belle que les cubes de parpaings qui fleurissent de plus en plus dans le village, témoins d’une relative prospérité, conséquence de cultures qui se vendent bien (vigne et vin de Fogo, tomates, courges, haricots, ricin, …). Il nous a remontés depuis São Filipe dans son pickup, et les échanges ont commencé, nous permettant de mieux cerner la vie au Cap Vert, et plus précisément à Fogo, il était très demandeur de discussions, ça a continué après l’arrivée pendant près de 2 heures, puis le soir également et ça m’a valu l’attribution par ses soins d’une ressemblance avec Edgard Morin ! Évocation aussi de nos amis rennais Jean-Michel et Françoise (grâce à qui l’université de Rennes est considérée d’après lui comme le pôle le plus important d’études et de recherche sur le Cap Vert), de Mario Lucio, l’actuel ministre de la culture, qui avait l’habitude de passer voir Patrick à Chã da caldeira avant sa nomination, musicien et auteur de superbes poèmes dont Patrick nous a récité des extraits.
  • Une très belle marche de 4 heures, d’abord jusqu’au sommet du cône de l’éruption de 1995, encore un peu chaud dans les cavités, avec de magnifiques formes, couleurs et silhouettes, une descente vers la route, au milieu de petits pommiers et de vignes, puis de vigoureux plants de tomate et poivrons couverts de fruits dans un environnement semblant très hostile et minéral. Le retour ensuite par le chemin des écoliers où, pour ne plus remplir mes sandales de mâchefer agressif, j’ai voulu couper en traversant pendant près d’une heure la coulée de lave de 1995, elle présentait des parties boursouflées, coupées de crevasses avec des rebords très friables, des effondrements, des zones de lave cordée de toute beauté, puis des dizaines de mètres aplanis où la marche est facile, avant de retrouver le chemin qui nous a ramenés à la nuit à la pousada.
  • Les retrouvailles avec Maria, connue il y a 10 ans, nous invitant à la fête de Noël du « Jardim infantil » dont elle est directrice à São Filipe, pareille à elle-même, avec sa gentillesse et son efficacité, cette fête étant l’occasion de goûter les excellentes préparations culinaires des mères des enfants et donc de croiser de nombreuses Cap-verdiennes, toutes sur leur 31, mais dont le niveau social différait ostensiblement.

Une navigation sereine et souvent rapide, des mouillages tels que je les aime

  • Deuxième occasion pour moi de naviguer pendant l’« hiver » (après 1993), une météo un peu déréglée par rapport à ce qu’on est en droit d’attendre à cette époque de l’année, avec des vents relativement modérés (comme en été ou presque), peu de houle et de mer du vent, un soleil un peu trop timide et une visibilité assez médiocre, mais des températures douces, je ne me souviens pas avoir eu trop chaud, même en milieu de journée. Mais c’est autre chose que de naviguer en décembre en Manche !
  • Une belle traversée d’une quinzaine d’heures, de São Nicolau à Fogo puis Brava, sous génois seul à 6 ou 7 nœuds au travers/grand largue, puis génois réduit, puis en arrivant au pied de Fogo en fin de nuit, la montée du vent jusqu’à 46 nœuds qui nous fait encore réduire jusqu’à la trinquette mi-enroulée, très beau spectacle au pied du volcan, avec une sensation de sécurité totale et la visite de dauphins, phénomène rare quand la mer et le vent sont aussi forts. Comme souvent ici, on passe de force 8 à 0 en peu de temps, dans toute la zone qui reçoit les alizés déviés par l’île des 2 côtés et qui s’annulent en rendant la mer plate et en imposant l’usage de la bourrique. Rebelote pour la traversée de 10 milles vers Brava, escale choisie en raison des importants travaux dans le port de Vale de Cavaleiros sur Fogo : le vent se relève peu à peu, pour culminer avec une mer plus forte que derrière Fogo, car exposée directement aux Alizés, force 7 et entrée dans le port principal de Brava, Furna, grand comme un peu plus qu’un mouchoir de poche, mais qu’heureusement j’avais pratiqué à 2 reprises dans le passé, car la mer rentrait bien, le ressac était important et les rafales tombaient de directions imprévisibles. Au point que je me demandais si on ne ferait pas mieux de chercher un abri au Sud-Ouest de l’île, dans une anse testée en 2007, malheureusement loin de toute vie (1heure de montée par un sentier ultra-raide jusqu’aux premières maisons). Henri a expliqué comment on s’en est sortis sans conséquences fâcheuses, en particulier grâce à l’aide d’Alberto, le copain pêcheur de Furna rencontré et apprécié à 2 reprises en 2006 et 2007.
  • Quelques mouillages forains tels que je les aime mais tels qu’Henri ne les pratique pas encore et qu’il n’aurait jamais osé essayés seul.
    • Tarrafal à Santo Antão, étonnamment tranquille, très près du rivage de galets et sable, juste devant la pousada installée par ce couple américano-germain, Suzy et Frank, installés depuis une vingtaine d’années dans ce bout du monde paisible et grandiose, qui nous a permis de dîner et discuter avec un couple français, lui ancien grand reporter à Libération, entre autres en Afrique de l’Est.
    • Praia do palmo e tostado sur l’île déserte de Santa Lucia, un must des mouillages forains au Cap Vert, une immense plage de sable coupé de petites zones de cailloux, cette fois, comme l’été dernier, mouillage à l’Est de la plage, à un demi mille de la pointe Sud, sur fond de sable, mais pas loin d’un des plus beaux fonds pour admirer (et pêcher le repas du soir) des dizaines d’espèces de poisson différentes, nageant dans tous les sens, pas de regret d’avoir trimbalé en avion le matériel de plongée nécessaire, c’était un régal !
    • Baia de Chacina, sur la côte Sud-Est de São Nicolau, ça semble avoir été une épreuve pour Henri, c’était un nouveau mouillage pour moi, découvert grâce au guide de croisière anglais dédié au seul Cap Vert et acheté juste avant mon départ (meilleur que l’Imray), mouillage parfaitement abrité de la houle et des vagues, présentant en plus l’avantage de laisser de l’eau à courir quelle que soit la direction des vents venant de la terre, seul inconvénient, des fonds adaptés au mouillage (sable dense et profondeur entre 13 et 5 mètres) sur une zone limitée, donc la proximité du rivage pouvant inquiéter ceux qui imaginent un vent venant de la mer, ce qui me paraît absolument exclu dans ce type de configuration. C’est pourquoi je suis parti sans état d’âme explorer les fonds et ramener quelques poissons pour les repas suivants, l’ancre ayant parfaitement croché et disparu sous le le sable.
  • Une controverse pas encore résolue à propos du réglage du point de tire de l’écoute de génois/trinquette : j’ai été très étonné par le réglage de l’avale-tout tout en avant du rail et quelle que soit la force du vent, ce qui donne un génois ou une trinquette très creux et surtout avec une force propulsive quasi perpendiculaire à l’axe du bateau donc quasiment inutile pour tout l’arrière de la voile. Autant par tout petit temps je suis d’accord pour avancer le point d’écoute, autant dans les conditions moyennes rencontrées au Cap Vert, je m’interroge. Bien sûr, tous les focs ne sont pas coupés de la même façon, mais quand même … À revoir après comparaison des réglages et mesures de vitesse dans des conditions stables.
  • À côté de ça, un grand plaisir de naviguer et manœuvrer à 2 personnes connaissant bien le bateau, les choses se font toutes seules, sans avoir à donner d’explications, en particulier les mouillages, beaucoup plus simples qu’en solitaire me semble-t-il.

Et pour terminer,

  • Le plaisir d’avoir revu et discuté avec plusieurs anciens amis cap-verdiens, Maria, Alberto, Amelia, Leão, Arlindo, en particulier Leão qui nous a reçus avec sa gentillesse et sa simplicité légendaires, toujours passionnant dans ses réponses à nos questions.
  • La soirée de Noël (que j’avoue avoir redouté un peu), dans un lieu improbable et sans aucun attrait, mais moment d’échanges très sympa avec les 3 autres équipages présents et leurs enfants. Et aussi l’après-midi du lendemain passée avec une dizaine d’équipages cette fois (dont Pingouin, PenGwenn, Ortemi, Ganesh et d’autres qui ne m’en voudront pas de ne pas les citer), à Baia das Gatas sur le sable, discussions et échanges avec les différents équipages, tests gustatifs des préparations variées de chacun, plaisir des gamins dans l’eau ou en train d’admirer un kite-surf sur la lagune …
  • Enfin, un grand merci à Henri que j’espère n’avoir pas trop perturbé dans son envie de navigation en solitaire et qui a eu l’attention de m’accompagner à l’aéroport de São Pedro pour mon retour en France et où on a trouvé quelques CD de musique cap-verdienne, autre que ceux de Cesaria Evora, beaucoup écoutée en particulier depuis sa disparition (nous étions à Fogo), je conseille pour ceux qui pourront le trouver le CD « Ruiz » du groupe Simentera, aujourd’hui dissous.