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Passe ton cap d’abord

lundi 12 septembre 2011

La nuit suivante s’est déroulée comme la fin de l’après midi, sur un tapis roulant : bel ami se déhanchant au rythme de la houle, sous trinquette et grand-voile arisée, le vent établi aux alentours des 20 nœuds le propulsant gaillardement.

Premier tour de sommeil vers 22h, le minuteur calé sur 30 minutes et à chaque sonnerie, un tour dehors pour vérifier le vent et les voiles (grossièrement), et faire un tour d’horizon. Retour dans le bateau, vérification de la carte, de nouveau un tour d’horizon, et je me rallonge.

A la sonnerie de 2h, c’est un vrai réveil, je me rapproche des îles Berlengas, je vais passer à équidistance de ces cailloux et du rail servant à organiser le trafic maritime commercial. L’Atlantique, à cet endroit, est assez bizarre, les fonds formant une espace de vallée qui va d’est en ouest, où la profondeur passe, en quelques kilomètres, de 400 à plus de 1400 mètres, pour remonter ensuite à moins de 100 mètres. Et au milieu de ça, ces deux plateaux rocheux qui émergent de l’eau de quelques dizaines de mètres. Je veux être bien réveillé à ce moment là, j’appréhende mal l’état de la mer avec de telles variations de profondeur.
Le rail de séparation du trafic au large du Portugal
Je veille au final un peu plus de trois heures. J’ai la lune, presque pleine, en face de moi, qui ne me sert à rien d’autres qu’à me rassurer de sa présence, et son faisceau lumineux qui me donne la -fausse- impression d’éclairer l’horizon. Au dessus, les étoiles, nombreuses, lumineuses, je pense qu’il n’y a qu’en montagne qu’on obtient une telle clarté, si loin de toute pollution lumineuse. La nuit est douce, je reste dehors, dans le cockpit, à rêvasser. Puis les iles passées, je reprends quelques heures de repos, par tranche de 20/25 min.

Le lendemain matin, l’avance se confirme, je serai bien à Lisbonne dans l’après midi. Le vent commence par mollir, mais se raffermit de nouveau vers midi, se renforçant même jusqu’à 24/25 nœuds alors que j’aborde le premier des deux caps qui garde l’entrée du Tage. Je suis finalement peu fatigué, assez en confiance, l’effet de cap n’est pas si terrible que ça, la journée est belle et chaude, tout va bien.

Je vire le Cap Raso, cap sur Lisbonne, quelques milles au large au cas où, et je déroule la trinquette qui sera plus adaptée que le génois sous cette nouvelle allure, de travers ; et c’est, en quelques secondes, une vraie claque qui me tombe dessus, 32 nœuds de vent que je n’avais pas anticipé … heureusement que j’étais, par sécurité, largement sous toilé ! Comme quoi, il ne faut jamais baisser sa garde.

16h, je suis amarré à Oeiras, je me couche tôt.

Place du Commerce

De jeudi à dimanche, c’était un autre programme : je rejoignais les parents à leur hôtel vers 11h, nous passions la journée ensemble, à sillonner Lisbonne, ou Belem, ou Cascais, pour terminer par un superbe dîner, avant de prendre le train de banlieue dans l’autre sens. Je les ai raccompagné à l’aéroport hier matin. C’était très sympa de les avoir, de profiter d’eux (et de leur générosité ;-) ), et en même temps assez étrange, parce qu’inattendu, et ramenant à des souvenirs vieux de vingt ans maintenant.

Lisbonne … vous verrez les photos, j’ai adoré, comme Porto il y a deux ans, c’est simple, chaleureux, attachant, nonchalant ; pour autant je ne sais pas si je m’installerais là à demeure. Et si vous voulez un beau texte sur Lisbonne, lisez donc le superbe billet que Penn Gwen, retrouvé à Oeiras, lui consacre, je n’aurai jamais cette inspiration là : La tentation du grand large

Souvenirs WWII
P1000904
Echoppe

Je réorganise un peu le bateau, le départ se précise, sans doute jeudi, pour Madère. Cinq jours de traversée, et encore plein de premières : première île (genre île lointaine, pas comme Belle Ile en Mer), première navigation aussi longue, aussi loin des côtes européennes. Bref, encore de nouvelles expériences en perspectives, stay tuned :-)

Le barbier de Lisbonne

Vos commentaires

  • Le 22 septembre 2011 à 17:25, par Laure En réponse à : Passe ton cap d’abord

    Superbe, il rêve a quoi ?

  • Le 23 septembre 2011 à 00:20, par henri En réponse à : Passe ton cap d’abord

    Laissons le rêver, et contentons nous de l’imaginer ;-)

    (même si je crois fortement qu’il rêve sur sa télévision :D)