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Mille milles

dimanche 14 août 2011

Pas question pour moi de raconter ici tout par le détail, de cette première vraie traversée, vraiment en solitaire. Rien à voir avec les près de 800 milles ( 1500 km) faits pendant mon rodage. Rien à voir non plus avec le convoyage d’il y a 18 mois, nous étions deux, et je n’étais qu’équipier, je n’avais pas la responsabilité, pas l’inquiétude. Non, là, c’était la vraie nouveauté, l’inconnu, une autre dimension. Et puis, surtout, Gascogne. Le terrible, l’imprévisible, le cruel Gascogne, celui qui dans ma famille (ou mes souvenirs familiaux en tout cas) est évoqué avec respect, et crainte.

La traversée du golfe, c’est trois jours environ d’une navigation dans un cul de sac, où la houle, et les vents, de l’Atlantique qui s’est levée sur plusieurs milliers de kilomètres vient soudainement se fracasser sur un plateau qui en quelques dizaines de kilomètres passe de 3000 mètres de fonds, à moins de 200. Une mer qui peut donc être dure, des vents qui peuvent être violents, des cargos un peu partout, et des pêcheurs encore plus.
Inutile de dire que je stressais beaucoup à l’idée de me lancer pour une première nav’ de plusieurs jours, et au moins deux nuits (dans le meilleur des cas) à ne quasiment pas dormir.

Alors quoi, maintenant que c’est fait ?

C’est fait :-) Même pas eu peur, comme dirait l’autre. Merci l’électronique bien sûr, AIS (émetteur surtout) et radar, pour le complément de veille. Mais c’était bien, presque trop court même, je n’ai guère vu le temps, ni les jours ni les nuits, passer.

Golfe de Gascogne, soir 1

Les couchers de soleil, rien à redire, les photos parlent d’elles-mêmes. Et il y en aura beaucoup d’autres, sûrement !

Le sommeil, ça c’est pas encore fait. Première nuit blanche suivie d’un sommeil de plomb de 2h au petit matin ; deuxième nuit bien gérée, notamment parce que bien bercé par le moteur. Bref, ça reste à confirmer, mais au moins je sais que c’est faisable : je mets mon réveil toutes les 30 min, il sonne, je fais un tour d’horizon depuis l’intérieur, je sors et le refais pour confirmer, un coup d’œil à l’AIS, et re dodo jusqu’à la sonnerie suivante. Bon, tout ça est en admettant que j’arrive à m’endormir, au départ, c’est visiblement la partie la plus sensible. Et ensuite, il faut arriver à écouter sa fatigue, pour préparer les manœuvres encore plus, et être encore plus prudent dans la manière de les réaliser.

Golfe de Gascogne, soir 2

La gestion des autres bateaux, c’est plus funky. Pas de problèmes avec les cargos, merci l’AIS : ils me voient déjà à près de 50 milles de distance, et adaptent donc leur route en conséquence. Pas un qui me soit passé à moins d’un mille, sans que j’ai besoin de lever le petit doigt, c’est malgré tout un grand confort. Les pêcheurs, c’est différent, surtout au large de l’Espagne où, manœuvrant par paire, ils se laissent dériver en trainant un filet dérivant entre eux. S’ils ont un AIS, c’est uniquement en réception. Et de toute façon, il est visiblement hors de question pour eux de bouger. Et là, c’est un peu un gymkhana, et la route fait quelques zigzag. Encore plus funky quand le brouillard est tombé, et qu’il s’agit de les repérer au radar. Ca donne un petit coup d’adrénaline, on est bien content quand c’est fini. C’est pas avec ça que je vais arrêter de fumer !

Cabo Prior

Le vent. Ou plutôt, l’absence de vent ! Sur presque 60h de traversée, j’ai dû faire près de 40h de moteur (et de tous ceux qui ont utilisé le même créneau météo, je ne détiens apparemment pas le record). Soit assez de vent, mais pas assez pour empêcher la houle de faire claquer méchamment et violemment les voiles ; soit alors vraiment rien, pétole, 2 nœuds en moyenne les dernières 24h, et dans le dos ! Sur les premières 36 heures, j’ai bien dû affaler et re-hisser les voiles cinq ou six fois !

Castillo de San Anton

L’arrivée. Et le brouillard qui tombe, quelques heures avant l’arrivée. Le premier cargo, repéré de loin grâce à l’AIS (je sais, je me répète …) dont on voit la coque émerger à un petit mille, mais dont la passerelle restera invisible, quelques dizaines de mètres plus haut.
Le Cabo Prior, tout proche, moins de 10 km, qui tout d’un coup se dévoile, petit à petit. Et le brouillard qui dans la baie de La Corogne, retombe d’un coup pour les derniers milles, et l’entrée dans le port.

Magique … après ;-)

( Et puis, accessoirement, j’ai passé mes premiers mille milles. Quand même ! )

Vos commentaires

  • Le 27 août 2011 à 00:43, par Lil En réponse à : Mille milles

    WOUAOU
    C’est fait et cela a l’air d’avoir été super bien fait ...
    Je suis trop contente pour toi et super jalouse, cela avait l’air tellement bien.
    Champagne avec un viking pour fêter cela ?