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L’aventure, sans l’aventure

lundi 22 novembre 2010

Pendant longtemps, la seule idée de traverser les océans en solitaire me ramenait inexorablement à Bernard Moitessier et sa longue route. Littéralement parti du Vietnam avec sa bite et son couteau (et quand même, quelques kilos de riz), il savait tout juste où il allait, sans rien connaître des conditions de son voyage, ni de sa date d’arrivée. Seule certitude : ce ne serait pas particulièrement confortable, il serait en totale solitude, et il ne pouvait compter que sur lui même.

Près d’un demi-siècle plus tard, même si c’est toujours son histoire qui revient comme un réflexe chez beaucoup, la réalité n’est plus tout à fait la même.

Du bateau en bois, aux superbes lignes mais lourd et contraignant à entretenir, on est maintenant passé à des bateaux en matériaux composites, aluminium ; ou même, comme “112”, en contreplaqué et matériaux composites, qui allie résistance, légèreté et facilité d’entretien.
Autant l’intérieur des bateaux de l’époque était étroit et sombre, autant les voiliers modernes, et particulièrement “112”, sont larges et lumineux, avec des zones de vie particulièrement bien séparées. Il y a maintenant de l’électricité, un frigo, souvent de l’eau chaude, certains rajoutent même micro-onde et machine à laver !
Le confort aux manœuvres s’est également bien amélioré : le grément aurique, avec ses beaucoup trop nombreuses voiles, a maintenant totalement disparu au profit de la voile latine, plus simple à manœuvrer. Associé au winch, véritable démultiplicateur de force, ce type de grément permet aujourd’hui à la grande majorité de voiliers d’être menés en équipage réduit, voire très réduits.
Grâce à internet via le téléphone satellite, on peut facilement récupérer les prévisions météos à échéance de plusieurs jours, donnant la force et direction des vents, la hauteur et direction de la houle, l’ensoleillement, …
Les outils d’aide à la navigation se sont développés et largement imposés : le radar utilisé en alarme d’approche à terre ; le détecteur de radar, qui signale les petits bateaux ; l’AIS, système dérivé de l’aéronautique, imposé aux seuls cargos aujourd’hui, qui envoie et réceptionne les informations de cap et vitesse des bateaux, détecte et préviens des risques de collision ; les pilotes automatiques, chargés de tenir le cap pendant que l’équipage vaque à d’autres occupations ; tout ceci n’a plus rien à voir, évidemment, avec les rares aides à la navigation dont pouvait même bénéficier un Tabarly.
Enfin, en cas de naufrage, là où Moitessier ou même les grands navigateurs des années 60 à 80 étaient abandonnés à eux même, tout navigateur dispose maintenant de balise satellite alertant le CROSS français, qui coordonne ensuite les opérations de sauvetage ; d’un téléphone satellite, au coût largement abordable, permettant de consulter à distance un médecin ou demander une aide précise ; radeaux de sauvetage équipés des dernières techniques de survie ; systèmes de sécurité en cas d’homme à la mer ; …

Si la prise de risque, comme toute activité, est encore bien réelle, elle est cependant aujourd’hui largement balisée et le risque lui même considérablement réduit. Le confort est aujourd’hui réel, les aides à la navigation rendent de telles traversées plus sereines, et en dernier recours, la certitude d’être secouru en pleine mer. Quant à la solitude en mer, la coupure du monde qui existait il y a encore peu de temps, qu’en dire aujourd’hui, à l’heure des balises de suivi de position, téléphone satellite, connexion internet ?

Quand je discute de mon périple futur, qu’on me demande avec qui, où, je crois souvent voir dans les yeux de mon interlocuteur un voile d’incompréhension, et défile dans son imagination toutes les images souvent effrayantes, nées de notre histoire maritime, de la méconnaissance de la mer, des exploits des grands navigateurs. Mais nous sommes au XXIe siècle, et si l’aventure reste, elle a perdu beaucoup de sa difficulté et de son insécurité. C’est une aventure, encore, mais elle n’a plus rien à voir avec celle qui traine, le plus souvent, dans notre imaginaire.

Vos commentaires

  • Le 30 novembre 2010 à 21:58, par Rouquette En réponse à : L’aventure, sans l’aventure

    Va pour Bel Ami alors... ;o))

    Et champagne !!!

  • Le 30 novembre 2010 à 22:24, par henri En réponse à : L’aventure, sans l’aventure

    Mame Rouquette, premier commentaire …ça fait deux raison de sabrer ;-)

  • Le 3 décembre 2010 à 22:29, par Rouquette En réponse à : L’aventure, sans l’aventure

    Hé hé... je peux avoir du rouge à la place du champagne ? Finalement, tout bien réfléchit... je préfère... ;o)))

  • Le 4 décembre 2010 à 01:16, par henri En réponse à : L’aventure, sans l’aventure

    Tu imagines bien que je ne vais pas partir sans quelques bons rouges ! Et quand bien même, tu crois que Marco me laisserait faire ? ;)

  • Le 5 décembre 2010 à 14:33, par Rouquette En réponse à : L’aventure, sans l’aventure

    Nan c’est sur, il ne consentirait pas...

    Il est cro meuhgnon ton avatar °_°

  • Le 11 décembre 2010 à 11:28, par Dominique En réponse à : L’aventure, sans l’aventure

    Bonjour,
    En juillet 2009, j’achetais un bateau de 20 ans dans un état structurel remarquable, il s’appellait "Bel Ami" c’est un RM 900 le n°1 de la série ( trés longue maintenant..) depuis il s’appelle" Maxi Dingue" et aprés refonte totale des peintures, nous naviguons ensemble en Bretagne sud, il est blanc avec des bandes rouge, aie aie..!! marrant non..??
    Dominique.

  • Le 12 décembre 2010 à 20:04, par henri En réponse à : L’aventure, sans l’aventure

    Bonsoir Dominique,

    Quelle coïncidence :-) Cela dit, la confusion sera difficilement possible : les silhouettes du 900 et du 1050 sont assez dissemblables, ils n’auront plus le même nom, et je ne pense pas choisir le blanc comme couleur (ce n’était qu’une boutade vers RC) … Et puis a priori, la zone de nav ne sera pas tout à fait non plus la même ;-)