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Chroniques Cap-verdiennes : jour 4

mercredi 23 novembre 2011

Par Michel


Le bouillant Achille se retire sous sa tente

Ce matin, nous devons donc partir visiter l’ile de Santo Antão. Pour cela, le programme à été établi hier : lever à 6h30, (on m’a même unanimement demandé de programmer un réveil sur mon iPhone , c’est dire) (note : un iPhone n’est pas d’une très grande utilité au cap vert, où il n’y a pas de réseau 3G, ni même de data 2G, et où les hot spots wifi ont des caractéristiques telles que envoyer un mail relève le plus souvent d’une démonstration de savoir faire technologique que de l’expérience utilisateur fluide et transparente). Nous devions ensuite aller prendre le ferryboat de 8 heures, après un petit déjeuner et une douche rapide. Même Olivier était d’accord sur les horaires, ce qui, quand on le connaît, dénote de son intérêt pour le programme prévu.

Hélas, quand le réveil sonne, Henri nous informe que son état l’oblige à renoncer aux réjouissances, il est perclus de courbatures, légèrement fiévreux, et semble donc être victime d’un syndrome grippal. Généreusement, je décide de reporter le programme prévu à un autre jour. Olivier, vexé de s’être réveillé pour rien en pleines vacances se réfugie dans sa couchette avec son iPad pour regarder un dessin animé ( vous ai je dit que l’étape CapVerdienne de bel ami devrait être sponsorisée par Apple ? Outre la biographie de steve Jobs dont je vous ai déjà parlé, on y trouve en ce moment : un Mac mini, un macbookpro, 3 ipad2, 3 iPhones et 2 iPods), Henri se retire dans sa cabine en compagnie de son kindle ( à mon avis le fantôme de Steve se venge de ce changement de camp) et moi je poursuis la lecture de mon livre sur le pont, pendant que le soleil commence à se lever.

Vers 8 heures, il faudra bien se rendre à l’évidence, Henri à l’air hors jeu pour quelques temps. Nous décidons d’appeler José ( "Qui est donc ce José ?" grommelle le lecteur irrité de voir apparaître un nouveau personnage dans ce récit dont la complexité approche celle des mystères de Lisbonne. Je le rassure, José est le volubile chauffeur de l’improbable taxi qui nous conduisit il y a trois jours de l’aéroport à la marina, et qui nous avait laissé son numéro de téléphone dans le cas probable où nous aurions eu de nouveau besoin de ses services, ne serait ce que pour retourner à l’aéroport le jour du départ, mais n’ayant pas anticipé le rôle central qu’il serait amené à prendre rapidement dans ce récit, j’avais décidé d’omettre son prénom pour ne pas menacer le lecteur de surcharge cognitive), nous appelons donc le dit José pour lui proposer de nous faire visiter l’île de sao vicente, histoire d’en voir autre chose que sa marina et ses restaurants à navigateurs au long cours.

José se présente avec son véhicule dans les 10 minutes, nous lui expliquons la situation, il est un peu embêté car il doit participer à l’enterrement du père d’un ami à 15h, et qu’il doit livrer des objets en divers endroits de l île d’ici là. Mais l’homme est débrouillard , et notre itinéraire passera par les lieux en question, ce qui ne nous dérange pas plus que ça, au contraire.

Nous embarquons donc dans le taxi. Afin de diminuer le côté improbable de la voiture, José commencé par aller faire le plein, remettre de l’huile, et plus tard sur la route ajoutera de l’eau dans le radiateur. Nous décidons néanmoins qu’il est inutile de nous inquiéter, même si lors de notre trajet précédent, nous avions aussi constaté un arbre de direction parfois hésitant, mais à la guerre comme à la guerre.

Nous voici donc partis, Olivier et moi avec José pour une ballade d’environ 5h qui nous mènera à travers Sao Vicente et nous donnera une idée plus précise des lieux où nous nous trouvons. Nous en profiterons aussi pour avoir une discussion à bâtons rompus avec José qui nous permettra d’avoir une meilleure compréhension de la vie locale.

Nous voyons rapidement qu’en dehors de l’agglomération principale qui compte 80.000 âmes, l’île de Sao Vicente ne contient qu’un petit nombre de villages de pêcheurs ou d’exploitations agricoles. Les paysages sont volcaniques, plutôt secs même si, sortant juste de la saison des pluies, on ne peut pas parler de paysages arides. Les laves noires contrastent avec des dunes de sable clair apporté du Sahara par le vent.

Les ressource sont rares. L’ile exploite l’énergie éolienne pour 20% de ses besoins en électricité, le reste provenant du pétrole. L’eau douce est précieuse : certains villages sont approvisionnés par des camions citernes qui alimentent des distributeurs municipaux. Le revenu moyen est de 12.000 escudos par mois (environ120€), et avec 20.000, on vit très bien nous dit José. Pourtant nous passons dans certains bourgs où les villas luxueuses fleurissent. "Ce sont des résidences de CapVerdiens émigrés". Il y a plus de CapVerdiens aux USA que sur les îles de l’archipel. En tous cas, il semble bien qu’il y ait de l’argent dans le pays, mais qu’une nouvelle fois, il s’agisse d’un problème de répartition.

Après être passés par la plage de Baia das Gatas, la ballade s’achève par l’escalade du Monte Verde qui culmine à 774m et offre une magnifique vue sur l’ensemble de l’île, et en particulier sur la baie de mindelo, qui serait, aux dires de notre guide parmi les 10 plus belles baies du monde.

Il est temps de rentrer à la marina, Henri n’est toujours pas en forme, après une après midi tranquille consacrée à la lecture et au ravitaillement, nous décidons d’aller dans une pizzeria commandée par le petit futé pour dîner. Endroit très branchouille en terme de décoration, qui ne déparerait nullement dans les quartiers à la mode d une capitale européenne. Et même, les pizzas sont bonnes. Retour à la marina. En franchissant la grille qui sépare la marina du reste de la ville, une évidence me vient, nous sommes en situation d’appartheid.

Vos commentaires

  • Le 26 novembre 2011 à 19:14, par Rouquette En réponse à : Chroniques Cap-verdiennes : jour 4

    Michel et Olivier, j’aime beaucoup vos récits ! Bravo. Et merci. Comment va le Capitaine ? Doit être grognon, non ? Et en ce qui concerne les Bidochons, j’y avais ben dit que son truc c’était comme une caravane mais sur l’eau (donc le côté camping, ça va avec...) et que ça faisait 2 paramètres quasi insurmontables pour moi... Que je surmonterais cependant. Puisque ce sera le seul moyen pour le voir. Bons vents !

  • Le 27 novembre 2011 à 22:48, par Michel En réponse à : Chroniques Cap-verdiennes : jour 4

    Bonjour Rouquette,

    Je suis heureux de voir que nos analyses, oh combien superficielles, voire parisiennes (mais attention, seuls les arrondissements à un chiffre comptent) sont partagées par les non naviguant(e)s. Il semblerait que certains voileux n’aient aucun recul sur les mœurs de leur tribu, et un regard externe et nécessairement décalé ne saurait que leur faire du bien. Après tout, Voltaire n’a t’il pas utilisé le même procédé dans les lettres persannes ?