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A mais pequena

samedi 17 décembre 2011

La traversée de Sao Nicolau vers Fogo a bien commencé : 20 nœuds de vent par le travers, une mer assez calme, bel ami filait son rythme, 6,5 nœuds en moyenne dans le plus grand confort.

Vers 4h du matin, le vent monte, avec des rafales à 26/27 nœuds, je prends un premier ris dans le génois, puis, au passage de quart deux heures plus tard, nous décidons avec Eric de prendre le deuxième ris : le vent est établi à plus de 30 nœuds, alors que Fogo se situe à une petite dizaine de milles sur notre babord. Finalement, nous passons vite sous trinquette, le bateau est du coup plus confortable.

A l’entrée du chenal séparant Fogo de Brava, le vent monte à 35, puis 40, et 46 nœuds au final : c’est avec un mouchoir de poche que nous pénétrons dans le port de Fogo.

La digue principale est en réfection, nous étions prévenus : une grande grue la consolide à coup de tripodes en béton. Par contre, c’est une surprise de trouver en plein milieu du port, à l’endroit du mouillage habituel, une grande barge, occupée à draguer les fonds (ou poser des pylônes ?) dont les occupants nous font clairement comprendre qu’il faut dégager.

Le plan B est activé : aller sur l’île de Brava, au “port” de Furna, et utiliser ensuite le ferry pour aller visiter Fogo. En fait de port, Furna est une petite anse, avec une modeste digue destinée à l’amarrage du ferry, et un quai où sont remontées les barques de pêcheurs à la nuit.

Nous arrivons avec une forte mer, la houle résiduelle qui réussit à pénétrer dans le port est importante. Quant au vent, il tourbillonne dans tous les sens, perturbé par les falaises, rarement au dessous de 25 nœuds : ça s’annonce délicat.

Un premier tour d’observation, un deuxième pour choisir la place, un troisième pour se préparer … Alors que nous nous apprêtons à mouiller l’ancre, un homme se jette à l’eau depuis le quai, et nage jusqu’à un corps-mort qu’il nous dit de prendre … dont acte.

Puis il faut s’amarrer – par l’arrière – à terre : vite nous mettons l’annexe à l’eau, installons le moteur, et sortons mon plus grand bout [1]
qui se révèle vite trop court ; dans l’urgence, il faut défaire toutes les amarres de bel ami pour les mettre bout à bout, nous obtenons juste la longueur.

Notre nageur, qui s’était auto-chargé de l’opération d’amarrage, revient sur le bateau, et Éric reconnaît Alberto, un pêcheur croisé 4 ans plus tôt ! A ses côtés, un autre pêcheur, Mario aka Bogosse UltraBright, qui l’aide pour aller déposer l’ancre, en annexe, à plus de 30 mètres. Je les ramène ensuite à terre.

J’attache l’annexe au bateau, j’ai à peine le temps de le réaliser qu’une rafale à plus de 30 nœuds la retourne. Vite j’appelle Éric, nous la remettons à l’endroit, enlevons le moteur, l’ouvrons pour l’asperger consciencieusement d’eau douce. Puis nous la mettons dans l’annexe, l’amenons sur le quai où Alberto se charge de trouver un mécano pour le nettoyer en profondeur.

Equipe de choc - Port de Furna, Brava

Éric part chercher un litre d’essence pour le nettoyage, je retourne au bateau prendre les papiers du bateau pour filer à la Policia Maritima qui ferme à trois heures. Quand je reviens, Avelino, l’homme au doigt de fées aidé de Bogosse UltraBright, ont presque fini le nettoyage du moteur. Avelino refuse d’être payé, il nous faudra insister à trois pour qu’il accepte finalement de l’être !

Il est une heure de l’après midi, voilà trois heures que nous sommes entrés dans la petite anse : une bonne bière s’impose, que la restauratrice, sympa comme tout, agrémente d’une bonne cachupa, le plat traditionnel local, pour nous remonter. Nous n’avons pas pensé à prendre de l’argent avec nous : pas grave, nous payerons demain, nous dit-elle.

Retour au bateau, il faut maintenant le ranger. En fait, d’abord planter la deuxième ancre à 90° du bateau pour le stabiliser. Et puis en court de route, Alberto nous conseille de n’utiliser que les deux ancres, plus de bout à terre, pour éviter d’abimer les barques de pêcheurs voisines … Je vais poser l’ancre en annexe, Éric tend le câblot, nous défaisons l’amarre portée à terre, reprenons tous les bouts, les rangeons … la nuit tombe, on peut souffler.

Le lendemain, hier donc, journée à Nova Sintra, la “capitale” de cette île, la plus petite de l’archipel. La ville, à quelques kilomètres du port, est située en altitude, avec un climat frais. Un zeste de maisons coloniales, de larges avenues ombragées, l’indolence et la nonchalance déjà vues ailleurs lui donnent un charme fou. Et l’accueil des habitants, visiblement peu habitués aux touristes, souriant à pleines dent quand on leur dit bonjour, fait chaud au cœur.

Devant l’école, Nova Sintra, Brava

Week end calme sur bel ami, consacré au grattage de la coque auquel Éric s’attaque ardemment, et farniente aussi, il en faut aussi !

Lundi et mardi, nous serons à Fogo, pour visiter son volcan et sa capitale, San Felipe. Nous prévoyons le départ pour Mindelo mercredi ou jeudi, selon la météo.


Notes

[1prononcer "boute" : correspond à un cordage quelconque pour un ’terrien’

Vos commentaires

  • Le 19 décembre 2011 à 00:23, par Marge En réponse à : A mais pequena

    Au large de Belle-Ile, un vieux voileux continue à se bidonner au souvenir de tes séances d’entrainement pour gérer le maniement du moteur de l’annexe sans lui faire toucher l’eau.

    A te lire, je me demande si ces heures de dur labeur auront vraiment été utiles... :-)

  • Le 19 décembre 2011 à 11:35, par henri En réponse à : A mais pequena

    J’ai repensé à lui récemment, et je pense qu’il ne nous reconnaîtrait pas, l’annexe brillamment posée à plat juste au dessus de l’eau au mouillage, ou bien accrochée au portique en navigation ;-)

    Mais il est vrai qu’on avait pas testé -encore- le retournement moteur dessus !!

  • Le 20 décembre 2011 à 07:53, par Fab’ En réponse à : A mais pequena

    Avec des lecteurs tels que moi qui prennent tout au premier degrés, tu ne devrais pas parler de corps-mort et de pêcheur qui se jettent à l’eau, je pourrais me renverser mon thé dessus pendant mon petit déj. ;)

  • Le 20 décembre 2011 à 13:40, par henri En réponse à : A mais pequena

    Il parait que les Cap Verdiennes sont les plus belles femmes du monde. Je confirme que les Cap Verdiens sont également superbes !
    J’aimerais bien que tu aies à renverser ton thé au petit déjeuner ;-)