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10/11e jour : Quo non ascendam ?

jeudi 1er décembre 2011

Par Michel, intrigué


Le retour vers Paris approche, mais avant de quitter le navire, nous nous livrons, sous la férule du Captain Henri, à un peu de maintenance sur bel ami. Après l’épisode de l’hydrogenerateur, nous procédons au remplissage des cuves d’eau douce qui nous permettent, entre autres bienfaits, de prendre une douche ou de faire la vaisselle. 520litres à remplir.

Grâce à l’ingéniosité du concepteur de la marina, ce travail est relativement simple. Devant chaque place de parking, il existe une borne qui distribue généreusement eau et électricité. Enfin généreusement, tout est relatif, puisque ces bienfaits ne sont fournis qu’en échange d’espèces nombreuses sonnantes et trébuchantes. Et la fameuse carte de résident de la marina qui donne accès aux sanitaires collectifs permet aussi d’ouvrir les robinets du précieux liquide. Les gentils résidents sont donc supposés aller acheter un cubage d’eau, avant de le transférer via un simple tuyau flexible dans les réservoirs de leurs fiers vaisseaux.

Dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, deux faits m’ont particulièrement intrigué :
- Une fois le robinet ouvert, le système ne semble pas savoir le fermer si on dépasse le cubage prépayé. Et vue l’apparente faible sophistication du système, je doute qu’il puisse facturer le service a posteriori.
- L’arrivée des tuyaux d’alimentation en eau et en diesel sur bel ami se trouve située juste au dessus des panneaux électroniques qui alimentent les appareils de navigation. Comme un grand principe entropique dit que tout ce qui peut fuir fuira un jour, je ne serai malheureusement pas étonné qu’un jour Captain henri retrouve son pilote automatique en train de se rafraîchir les soudures par 20cm de fond. Franchement, si ce n’est pas une faute de conception, ça y ressemble sacrément.

La biographie de Steve Jobs, nous apprend que dans les dernières années de sa vie, il se faisait construire un yacht suivant ses règles de design. On se prend à rêver à ce qu’aurait pu devenir la navigation de plaisance si il avait eu le temps de concevoir un iYacht...

L’absence de Hot spot wifi à un juste rapport qualité prix nous a aussi incité à faire preuve d’ingéniosité. Le bruit courrait dans la marina qu’il existait un Hot spot gratuit, mais de faible résilience, dans un jardin publique près de la mairie. Le bruit courrait aussi que certains résidents de la marina s’étaient fait "tirer leur iPad" (sic). Nous décidâmes donc d’aller vérifier discrètement l’existence dudit hotspot. Nous pûmes simultanément vérifier l’existence du hotspot, la faible qualité de la connexion disponible, et la présence d’individus pour lesquels notre Claude Gueant national n’aurait pas de qualificatifs assez durs ( comprendre de jeunes ados un peu paumés espérant un peu d’argent facile), et décidâmes donc de rentrer prudemment au bateau.

Et c’est là que Captain Henri eut une idée de génie.(Je sais que ce qualificatif peut sembler excessivement laudatif, mais il faut dire les choses comme elles le sont, car les conséquences de ladite idée ont littéralement modifié les conditions de notre séjour au cap vert). Afin que le lecteur puisse comprendre ladite idée, il faut que je lui décrive auparavant l’environnement technique de bel ami.

Lors de la conception de son vaisseau,Captain Henri avait décidé de l’équiper d’un réseau wifi, afin de pouvoir piloter. par exemple ses instruments de bord avec son iPad dans le cockpit, sans risques pour son véritable ordinateur de bord qui lui reste bien au sec en cabine.Par aileurs, quand il est au mouillage dans un port, ce réseau lui permet de partager une connexion internet wifi fournie par les autorités portuaires. Seulement, comme les marina sont généralement un peu étendues par rapport aux quelques dizaines de mètres carrés de couverture d’un Hot spot standard. Captain Henri s’est donc équipé d’une antenne wifi à haut gain qui lui permet de se connecter depuis le bout de la marina. La géniale idée de Captain Henri consistait donc à réutiliser son antenne pour se connecter au Hot spot de la mairie, mais vu que le dit Hot spot est situé largement hors de portée de la marina, Captain Henri hissa son antenne en tête de mat pour en augmenter la portée. Et là, miracle de la technologie et de l’intelligence, nous étions connectés, de manière permanente et gratuite. Le débit n’était toujours pas au rendez vous, mais au moins, nous ne risquons plus de nous "faire tirer nos iPads". Sur cette excellente nouvelle, nous décidons de dîner en concert (la boite de nuit voisine fera un raffut infernal jusqu’à pas d’heure dans la nuit) d’une frugale omelette aux truffes pommes de terres, arrosée d’un vin de bordeaux grand cru. Demain, il faudra aller confirmer les billets de retour, ré enregistrer le bateau au port, et préparer les valises...